Attentats, gueule de bois

Ce soir-là, j’étais chez moi.

Emmitouflée dans une couette, à regarder une grosse comédie américaine, ma fille à côté de moi. Je suivais à moitié le film, régulièrement coupée par les questions de Julie… »pourquoi il fait ça? », « c’est la même fille que tout à l’heure là? »… Mon ado regardait le match de foot dans son bain… Quand je le vois arriver dégoulinant d’eau et tout bizarre : « maman, il paraît qu’il y a des attentats dans Paris… ? »

Je saisis mon téléphone, le numéro de ma soeur clignote. Elle essaie de me joindre pour la 4ème fois… Quand je décroche, j’entends un « ouffff, t’es là!!!! », entre hystérie et soulagement. Elle me raconte, je me glace sans vraiment réaliser. Il faut dire que j’habite le 10ème arrondissement, à 200 mètres de l’horreur. Les lieux touchés par les tirs sont des endroits familiers. Le Petit Cambodge, où je déjeunais parfois avec mon ex, la rue d’Alibert, le Bataclan… Mon cerveau se bloque, de même que ma respiration. Sous le choc. Ma soeur continue de me parler dans le téléphone : « calme-toi hein, CALME-TOI HEIN?!!!, je sais que tu es hypersensible alors surtout tu ne PANIQUES PAS!!!! ». Elle dit ça quasiment en criant, des trémolos d’angoisse dans la voix. Alors que je suis très calme, puisque je suis sidérée. Ca me ferait presque rire, ce paradoxe… si ce n’était pas si bouleversant.

On raccroche. Je lis le fil d’actualités sur Facebook, tout en ne disant rien pour ne pas effrayer la petite – trop petite – Julie. Avec Leo, on commente en chuchotant les horreurs qui s’affichent sur nos écrans. La comédie romantique américaine se termine sur un baiser langoureux. Je couche Julie. Et on regarde BFM en boucle, en répondant aux sms des proches qui s’inquiètent. Personne ne veut être seul. Si on pouvait, on dormirait tous ensemble serrés les uns contre les autres. Pour avoir moins froid. Pour se sentir vivant.

… La nuit est courte …

Samedi matin. On reste dans l’appartement avec les enfants. PETRIFIES. Je décide de sortir quand même prendre mon café rituel. Les rideaux de fer sont baissés dans le 10ème. La gueule de bois est sévère.

Réveil du Xè attentats

Le sang se remet à circuler dans mes veines… Je pense à des trucs cons « merde, la médiathèque va être fermée, et je ne pourrais pas récupérer la partition de Pauline Croze pour mon cours de chant, vendredi prochain »…« heureusement que je passe du temps à chercher le boulot de mes REVES, ce serait moche de mourir en ayant abdiqué, en s’étant résignée ».

On part à la mer pour le week-end. S’aérer, bouger. Ne pas rester figés dans l’horreur.

Une vague de froid glacé,

un vent d’infinie tristesse,

un élan d’amour intense,

et puis l’envie de vivre et d’en profiter.

Je vous serre fort attentats

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