J’ai rencontré…un entrepreneur culturel

Avec Valérie, une amie freelance, on se voit chaque semaine pour s’entraider (ou se fouetter c’est selon) sur la prospection. Aller chercher le client, m’a-t-elle toujours dit, c’est le nerf de la guerre pour les indépendants. Alors on se pousse, on s’encourage, on s’échange des contacts. Et on boit du thé.

C’est devant un sachet de Lipton fumant qu’elle lâche : je connais Steven Hearn, le directeur de La Gaité Lyrique.

Tu veux dire le GRAND MANITOU de la Culture ?

Celui qui a écrit le rapport super intelligent sur le développement de l’entrepreneuriat culturel en France ?

Celui qui incube des jeunes pousses créatives au sein de Créatis ?

Tel le loup de Tex Avery, ma langue tombe par terre. Et je pousse le fameux cri « aou-aouuuuuu ». Je lui lance, suppliante (pas loin de perdre toute dignité) : « tu ne veux pas qu’on organise un déj avec lui, siteuplé-siteuplé-siteuplé ? »

 Et comme c’est une bonne amie, elle s’exécute.

Le jour J, je sors une robe. Elle sent la naphtaline ; ça fait très longtemps qu’elle n’a pas servi. Je me maquille, histoire de faire mon âge. Chausse des talons, pour la prestance. Et me rends au rendez-vous, avec un air assuré et le détachement de celle à qui tout réussit. J’ai répété devant le miroir, c’était plutôt convainquant.

L’homme arrive accompagné de sa collaboratrice en ingénierie. De ses yeux bleus, il scanne. On sent que dans sa tête, il remplit des fiches informatives. A la vitesse du Concorde, il visualise les connexions entre les gens. C’est un World Wide Web à lui tout seul.

Il cache son micro-processeur interne sous une très agréable convivialité. On est en terrasse du Conservatoire des Arts et métiers : ça prend le soleil, ça rit, et ça se tutoie. A l’aise, je veux tout connaître de son activité : comment il a créé l’exposition The happy show de Stefan Sagmeiser, quels projets il développe pour Réinventer Paris, les lieux culturels parisiens qu’il aurait envie de gérer…Je le bombarde de questions, et prends des notes.

Puis, c’est à mon tour de lui expliquer ce que j’ai envie de faire : accompagner le développement de projets artistiques. Je sors même la plaquette du musée familial sur lequel je travaille pour lui vendre l’idée.

A cet instant précis, il fait un signe avec sa main. De haut en bas.

Qu’est-ce qu’il peut bien vouloir dire ?

J’ignore son geste, et poursuis dans ma lancée…

Mais il insiste, en indiquant mon décolleté.

Je baisse le regard vers ma robe…

STUPEUR ! 

Mon décolleté est fendu jusqu’à mon nombril. L’épingle à nourrice que j’avais fixée pour fermer le col de ma robe a décidé d’aller se promener dans les jardins.

JE – SUIS – à demie – NUE !

L’ami de la culture s’amuse : « vraiment, pour moi, c’est délicieux, mais… »

Je prends l’air le plus dégagé possible, je pirouette « je ne comprends pas, ça ne m’arrive jamais »… Respiration ventrale pour NE SURTOUT PAS rougir.

Gentleman, l’homme fouille dans sa mallette à la recherche d’un trombone, qu’il me tend. Je le fixe à mon décolleté et termine mon exposé.

C’est ce qui s’appelle « faire preuve de professionnalisme quoi qu’il arrive » (ou manger un cake de la honte au dessert, ça dépend du point de vue).

Et vous, avez-vous déjà vécu ce genre de petit moment de solitude ?

✗ Si vous voulez lire l’excellent rapport du monsieur sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France (La documentation française), n’hésitez pas !

✗ Parce que la Culture a toujours réponse à tout, citons Molière : « Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées. » (Tartuffe)

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *